L’auteur à succès américain Dan Mallory a été accusé d’avoir menti à propos de sa tumeur au cerveau et de ses diplômes. Mais qu’est-ce qui motive les menteurs pathologiques?

MENTIR, UN ART DE VIVRE

Le phénomène « pseudologia fantastica » (la mythomanie ou le mensonge pathologique) a été décrit pour la première fois par le psychiatre allemand Anton Delbrück (1891) comme étant le désir impérieux de mentir et d’exagérer la réalité. Delbrück ne considérait pas le phénomène comme un mensonge ordinaire, mais plutôt comme une véritable déviance. Une théorie ensuite confirmée par divers psychiatres. Selon un rapport des psychiatres belges S. Janssens, M. Morrens et B. G. C. Sabbe datant de 2008, il s’agit d’une succession de mensonges qui se répètent sur plusieurs années pour, au final, devenir un véritable mode de vie. L’argent ou les avantages sociaux ne sont pas les motifs principaux du mensonge. Pour le mythomane, mentir est une fin en soi. La force motrice du mensonge provient d’une dynamique interne plutôt que d’un facteur externe. Les mensonges sont généralement intégrés à des histoires plus complexes.

“Qu’il s’agisse de mythomanie primaire ou secondaire, les objectifs sont les mêmes: se donner plus d’importance”

Selon Manuel Morrens, psychiatre et professeur de psychiatrie adulte à l’Université d’Anvers, les motivations des mythomanes sont très diverses: « On peut distinguer une mythomanie primaire et une mythomanie secondaire. Dans le premier cas, le mensonge n’est pas causé par un facteur externe. Il s’agit souvent de personnes qui souhaitent renforcer leur estime de soi ou qui souhaitent être mieux considérées par leurs proches. Leur objectif : faire croire à leurs parents ou à leur partenaire qu’ils ont accompli plus que ce qui est réellement le cas. Un mythomane, par exemple, essaie de s’inventer un diplôme universitaire ou tente de vivre au-dessus de ses moyens. La mythomanie secondaire est le résultat d’une pathologie sous-jacente. Ce sont généralement des problèmes de personnalité (type : tempérament antisocial ou borderline) qui amènent la personne à mentir. Généralement, les objectifs sont les mêmes que ceux de la mythomanie primaire: se donner plus d’importance. »

«Les gens doivent généralement accumuler les mensonges pour que leur histoire reste crédible.»

On pense souvent que les mythomanes croient en leurs propres mensonges. Selon le professeur Morrens, ce n’est pas tout à fait vrai. « Les gens doivent généralement accumuler les mensonges pour que leur histoire reste crédible. J’imagine qu’à long terme, certains ne voient donc plus clairement la frontière entre le mensonge et la réalité. D’autre part, il y a aussi des mythomanes qui, lorsqu’on les confronte à leurs mensonges, reconnaissent qu’ils ont menti. » D’autres mythomanes sont motivés par un problème d’impulsion. Ils ne mentent pas pour booster leur assurance, mais bien par impulsion. Pour eux, c’est presque une seconde nature. Leurs mensonges ont alors parfois trait à de tout petits détails de la vie quotidienne. Il s’agit donc bien d’un trouble compulsif.

Mythomanes: les signes pour les repérer

Selon les experts, il est impossible de déterminer avec certitude si une personne ment. Cependant, certains comportements peuvent vous mettre sur la voie.

  1. Les menteurs établissent souvent un contact visuel avec leur interlocuteur.
    Pour savoir si vous les croyez, ils ont besoin de voir clairement votre réaction.
  2. Attaquer est la meilleure tactique de défense du menteur. Si vous doutez de son histoire, il est possible qu’il vous accuse à son tour de mentir.
  3. Même un menteur aguerri reste quelqu’un de stressé. Il a tendance à cligner des yeux et à se toucher le visage.
  4. Les enfants ont souvent tendance à gesticuler quand ils mentent. Les adultes mythomanes le font aussi.
  5. Les histoires des menteurs sont souvent truffées de détails. Une manière de détourner votre attention et de vous éloigner encore davantage de la vérité qu’ils souhaitent vous cacher.

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