Yann Arthus-Bertrand: un photographe engagé

Yann Arthus-Bertrand: un photographe engagé

Rencontre avec Yann Arthus-Bertrand à Paris.

"Agir rend heureux"
 
Engagé, accessible et attachant, le photographe français Yann Arthus-Bertrand est sur tous les fronts. Récemment médiatisé suite à la sortie du film Human, il lance également, en collaboration avec Yellow Korner, un bestof de 11 images parmi les plus cultes de sa carrière. Nous avons rencontré ce collectionneur d'images à Paris
 
Face à l'accélération des crises migratoires, nombreux sont ceux  qui ont commencé à réfléchir au rôle qu'ils souhaitaient jouer en tant que citoyens du monde. Alors quand vous nous dites "qu'agir rend heureux", forcément, ça nous parle…
 
Yann Arthus-Bertrand: "Je n'ai de leçon à donner à personne. Tout ce que j'essaie d'exprimer, c'est qu'on ne peut pas être étranger au monde qui nous entoure. Il faut arrêter d'attendre que les politiques et les grands décideurs fassent tout le travail. Ce n'est plus eux, aujourd'hui, qui ont le pouvoir de changer le monde. Ce changement, il doit venir de chacun de nous. La question d'ouvrir ou non les frontières nous concerne tous.  Plus j'avance dans les années, plus je réalise que je peux me servir de mon travail pour faire avancer le monde comme j'en ai envie! Et ça, nous le pouvons tous. Vous en tant que journaliste, d'autres en tant que boulanger ou chauffeur de taxi… Pour le film Human, nous avons notamment recueilli le témoignage d'un enfant sorcier. Il a 14 ans et vit seul à Kinshasa. Pour lui, nous avons tous une mission sur terre. Ce n'est pas prétentieux de croire ou d'affirmer cela. Je pense, au contraire, que c'est fantastique de savoir qu'on a une mission et de faire en sorte de la trouver!"
 
Parmi les 11 photos de la série éditée par Yellow Korner, deux ont été prises au Kenya, un pays qui vous fascine tout particulièrement. Pourquoi?
 
"Lors de mes tout premiers voyages au Kenya, dans les années 80, j'étais pilote de montgolfière pour gagner ma vie. Cette activité m'a donné la possibilité de m'initier à la photographie aérienne, une technique qui a ensuite beaucoup compté dans ma carrière. Pendant 3 ans, j'ai également photographié les lions dans la savane. Ce travail de longue haleine m'a appris à être patient. A mon sens, la patience est la base de mon métier. Au Kenya, j'ai aussi découvert la notion de 'beauté essentielle", une beauté qui n'est pas immédiatement perceptible, mais qui, si vous êtes capable de la détecter, contribue à faire de vous un bon photographe."
 
Au niveau humain, qu'avez-vous appris de fondamental en photographiant le Kenya?
 
"On apprend des choses où qu'on aille, vous savez. Mais je me souviens notamment d'un camp de réfugiés à Dadaab, au nord du pays, à la frontière somalienne. Quand nous y sommes allés, c'était le plus grand centre de réfugiés au monde. Il y a là 470.000 personnes qui vivent enfermés depuis 5 ans, voire 10 ans pour certains. Ce sont des gens qui n'ont pas le droit de travailler. Ils sont loin de chez eux. Les risques de contracter des maladies mortelles sont énormes. Pour le film Human, nous avons notamment interviewé une jeune fille qui venait de sortir de prison. Son crime: avoir avorté… Elle nous a parlé de son envie d'avoir un autre enfant, de sa nouvelle vie… Ce genre de rencontres vous marque à jamais."
 
Vos photos rendent hommage à la nature, aux grands espaces et nous rappellent l'importance de respecter la planète, mais elles nous parlent aussi d'amour. Je pense notamment à ce fameux cœur de Voh, l'une de vos images les plus emblématiques…
 
"Je suis convaincu qu'aimer la nature est indissociable du fait d'aimer les autres! L'écologie égoïste et combative est un concept dépassé. Aujourd'hui, avec Internet, on a la possibilité de diffuser nos images et donc d'aller beaucoup plus facilement à la rencontre des gens.  Moi, ce que je cherche, par le biais d'un film ou d'images accessibles à tous, c'est toucher un maximum de personnes partout dans le monde. C'est d'ailleurs ce qui m'a incité, il y a 8 ans, à soutenir le projet Yellow Korner avant même l'ouverture de la première galerie."
 
L'autre photo phare de cette série, c'est cet incroyable lagon bleu en Islande… Qu'évoque t-elle pour vous?
 
"Chacun peut y voir ce qu'il veut. Moi, j'y vois un intense moment de relaxation. Dans ce lagon, l'eau est très chaude. On y est bien, un peu comme à l'intérieur du ventre de sa mère. C'est l'essence de la vie, tout simplement. "
 
 
La série de 11 photos de Yann Arthus Bertrand pour Yellow Korner est disponible, dès 79 euros, dans les 4 magasins Yellow Korner de Belgique et sur yellow-korner.com. A voir aussi: le film Human en téléchargement gratuit sur www.human-themovie.org 
 

11 photos emblématiques de Yann Arthus-Bertrand